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Histoire du santon habillé de Provence

Les santons sont de petites statuettes d’argile que l’on trouve en Provence, tant dans les crèches qu’en décor d’intérieur. Aujourd’hui on distingue deux types de santons: les santons peints, entièrement moulés en argile, généralement de petite taille (3 à 9 cm) et les santons habillés, plus grands (25 à 30 cm).

Le santon habillé, dont nous allons retracer l’histoire, est apparu à la fin du XIXème siècle, une centaine d’années après le premier santon peint, œuvre de Jean-Louis Lagnel (1764-1822).
L’étymologie du mot « santon » cache la complexité de son histoire : « santon » vient du provençal « santoun » qui signifie « petit saint », le reliant exclusivement à la sphère religieuse. Aussi, il est étonnant que « santon » désigne une foule de personnages qui appartiennent essentiellement au monde profane.
Il faut chercher les racines profanes du santon dans le capelo que l’historien Régis Bertrand – complétant la définition du dictionnaire français-provençal (1789) – décrit dans son histoire des Crèches et Santons de Provence (1992) comme « un simulacre en réduction d’un décor sacré établi par des laïcs en un lieu profane, soit à l’usage enfantin, soit pour solenniser une grande fête religieuse ».

La Révolution Française et ses conséquences expliquent également la dérive du « petit saint » vers des sujets profanes, à la faveur de son évolution hors des églises. En effet, officiellement interdites en 1793, les crèches se développent en cachette chez les particuliers. Puis, le Concordat de 1801 leur donnant pleine légitimité, leur élaboration chez les laïcs devient courante.
A partir du début du XIXe siècle, la large diffusion de la Pastorale, pièce jouée en période de Noël qui mêle au thème sacré de la Nativité des éléments profanes, contribue également à la diversité des personnages, donnant ainsi à la crèche familiale de nouvelles figures.
La fin du XIXe siècle marque la naissance du santon moderne, tant du point de vue des matériaux que des vêtements. Thérèse Neveu (1866-1946), fille d’un potier réputé pour ses talents de mouleur, sœur du céramiste Louis Sicard qui créa la « cigale de Provence » et épouse de Louis Neveu, ancien potier devenu sacristain, fonde en 1925 le premier atelier familial de santonniers professionnels à Aubagne.

Pour la première fois dans l’histoire des santons, elle applique à ses figurines le principe de la cuisson au four en utilisant deux matériaux distincts : l’argile et la céramique. Elle abandonne rapidement la céramique, matière trop capricieuse, mais conserve le principe de la cuisson au four. Cette innovation, qui augmente considérablement le prix de revient, provoque le mécontentement de certains santonniers et de leurs clients. Aussi, ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale que cette technique se répand.
Le premier santon de Thérèse Neveu s’inspire de l’une des figures locales : Margarido, la cousine du curé d’Aubagne. Aussi, on lui attribue souvent la vague des santons représentant des personnages vrais. Néanmoins, beaucoup plus tôt, un autre santonnier d’Aubagne, Firmin Teisseire, modelait déjà ses figurines à l’image de ses concitoyens.
En revanche, c’est elle qui, la première, remplace la tenue devenue anachronique de l’époque post-révolutionnaire par le costume traditionnel. Elle peint ses santons en s'inspirant des tissus provençaux.
Depuis, le tissu provençal est intimement lié aux santons : il les met en valeur et leur confère leur identité locale. En échange, exportés en différents endroits du monde, les santons se font les ambassadeurs de ces toiles qu’ils arborent.
L’histoire du tissu provençal remonte au XVIIème siècle, à l’époque où les toiles indiennes importées par la Compagnie des Indes Orientales nouvellement constituée par Colbert (1664) transitent par le port franc de Marseille. Devant l'intérêt commercial suscité en Provence par ces tissus colorés et imprimés, de nombreux artisans les imitent: c’est le début du tissu provençal, base des vêtements traditionnels.

Au XXe siècle, alors qu’est reconnu son caractère traditionnel, le santon se modifie profondément pour s’adapter justement à son nouveau succès. A cette période, le santon devient un objet davantage profane, décorant les intérieurs provençaux et les vitrines. On peut en partie attribuer cette évolution à la grande qualité esthétique et technique des œuvres de Thérèse Neveu.
A la même époque, l’abbé César Sumien (1858 – 1934), ancien menuisier Marseillais devenu prêtre, commence sa production de santons habillés. Si ses premières pièces reprennent le principe des grandes figurines de 50 à 60 centimètres que l’on trouve dans les crèches d’églises, il réalise ensuite une série de pièces de dimensions plus réduites, de 18 et 25 centimètres, destinées à la crèche domestique et qui deviennent rapidement un modèle.
Il s’attache d’abord à perfectionner les têtes et les mains de ses personnages sur du carton moulé ou du bois, avant d’appliquer le résultat de sa recherche aux pièces de terre cuite, à la manière des artisans napolitains.
La Pastorale joue un rôle fondamental dans son activité créatrice, lui permettant d’enrichir son œuvre d’une grande variété de personnages. De plus, inspiré par son activité de santonnier et par ses propres créations, il rédige à son tour une Pastorale.
En décembre 1916, certaines de ses œuvres, exposées dans la vitrine d’un magasin de la rue Saint-Ferréol, sont jugées par Le Petit Marseillais « de jolis petits personnages d’un genre tout nouveau ».
Parmi les nombreux successeurs de l’abbé Sumien, Emilie Puccinelli-Meinnier (1905-1974) joue un rôle essentiel dans l’histoire du santon. Elle obtient un grand succès pendant la seconde guerre mondiale, après avoir créé le premier santon à la fois intégralement moulé en argile et habillé alors qu’avant elle, la plupart des figurines étaient confectionnées en pièces détachées, selon la technique proposé par Jean-Louis Lagnel : les différentes parties du corps et les accessoires étaient moulés séparément puis fixés au moyen d’argile diluée.
Dans les années cinquante, le santon habillé acquiert enfin une véritable célébrité locale grâce aux créations de Simone Jouglas. Elle abandonne les modèles et les tissus anciens de l’abbé Sumien et crée une collection de santons aux costumes simplifiés. Ses œuvres démontrent une remarquable maîtrise des techniques de sculpture, de moulage et de peinture et se distinguent rapidement par la variété des personnages et surtout par l’expressivité des visages. De plus, ses santons sont flexibles, ce qui permet la retouche des vêtements et facilite l’ajout d’accessoires.

Présentés à la foire de Marseille dans les années cinquante par E. Puccinelli, Chave, et Simone Jouglas, les santons habillés inspirent de nombreux santonniers. A cette époque, le santon devient l’un des symboles majeurs de l’identité provençale.
Depuis les années cinquante, le nombre des santonniers a augmenté. Aujourd’hui, leur situation géographique s’étend bien au-delà du berceau que constituent les Bouches-du-Rhône, expliquant en partie que le santon déborde de sa fonction originelle de sujet de crèche. Néanmoins, Marseille, Aubagne et Aix-en-Provence regroupent toujours le plus grand nombre d’ateliers.
Parmi toutes les manifestations consacrées aux santons, la foire de Marseille, qui se déroule tous les mois de décembre, est la plus ancienne et la plus emblématique. Depuis sa naissance en 1803, elle a beaucoup évolué. A l’origine, il s’agissait d’une foire réunissant confiseurs, merciers, fleuristes et seulement trois santonniers. Aujourd’hui exclusivement consacrée aux santons, elle attire sur la Canebière les collectionneurs et ceux que séduit le Noël provençal.
Les santons sont les doubles des habitants du village de Provence : tous les types de métier sont représentés dans leur identité et leur originalité. D’après le sondage effectué par l’Armana Prouvençau en 1968, les vingt premiers santons retenus pour figurer dans une crèche idéale sont – hormis la Sainte Famille et les Rois Mages – le Berger (avec 23 000 voix obtenues), le Ravi (21 414), l’Aveugle (16 734), les Vieux (16 704), le Rémouleur (16 476), le Meunier (16 170), Roustido (14 820), Margarido (14 070), le Bohémien (13 614), le Pistachié (12 237), Bartoumiéu (10 476), Jourdan (10 145), le Tambourinaire (10 122), la Poissonnière (9 937), le Chasseur (8 070), le Pêcheur à la ligne (6 042), la Fileuse (5 640), la Porteuse de fagots (5 148), la Porteuse d’ail (4 188), la Bergère (3 432).
Aujourd’hui encore, tous les santons sont faits à la main, à l’aide de moules ou en pièces uniques. Pour se distinguer et donner un caractère original à ses santons, chaque créateur tait bien souvent certains de ses « secrets d’atelier ».
Souhaitant concilier mon goût pour la sculpture à ma passion pour les santons, j’ai décidé de m’essayer à la création de cet objet emblématique de la Provence sans utiliser de moule afin de confectionner avec chaque pièce un nouveau personnage.

Références bibliographiques :
1. Régis Bertrand, Crèches et Santons de Provence, Editions A. Barthélemy, 1992
2. Mari Mauron, Le Monde des Santons, Librairie Académique Perrin, 1976
3. C. Galtier et E. Cattin, Les Santons de Provence, Editions Ouest-France, 1996

Julia Bellini - juliabellini@free.fr tel.:+33(0)6 86 58 85 62